• Education et protestantisme

De la pertinence d'une Pédagogie Christocentrique ...

... quant à la conception de Dignité de la Personne Humaine.

Article de Mikaëlle LABRY-GOBARDHAM, Enseignante-Fondatrice de la première (et, à ce jour, unique) École Évangélique de Guadeloupe, l’École Chrétienne Les Semailles, Consultante en Pédagogie & Porte-Parole Education-Formation-Orientation au sein de l’Association Éducative Chrétienne En Vie d'Apprendre, Contributrice par sa plume à la visibilité de l’éducation Chrétienne en Francophonie.


Cher lectorat,


Si d’aventure je soumettais à votre appréciation la question de savoir quelle fut, d'un point de vue purement scripturaire, la profession du Christ lorsqu’il vécut en ce monde, vous me répondriez avec certitude qu’il était Charpentier. Et vous auriez raison. La justesse de votre réponse n’appellerait point d’observation de ma part.

Mais si d’aventure vous faisiez appel à la lecture que j’ai de cette question, je vous répondrais qu’il n’était pas exclusivement Charpentier. Et je vous raconterais comment, à travers les Écritures, j’ai rencontré le Maître-Enseignant. Je vous dirais aussi en quoi cette rencontre, digne qu’elle fut pour moi d’une salvatrice collision (vous me passerez l'oxymore), a pu réformer en profondeur mes poncifs et autres présupposés en matière d’éducation et de formation, renouvelant mon intelligence et par-là même, mon positionnement au regard de ce que j’appellerai bien volontiers « l'Art d’enseigner ». J'en suis convaincue, la conversion du regard est éminemment corrélée à la conversion de la pratique.

Car à travers Sa Parole j’ai rencontré le Maître, le Verbe qui s’est fait chair et a enseigné parmi les hommes. Et à Son École, j’ai appris la Foi. Dès lors, mue par l’acuité d’une conscience du legs dont la prégnance allait s'amplifiant, il ne devait désormais plus subsister de place au doute quant à ce qu’il convenait que je transmette à ma postérité. Il en allait de mon Devoir, de mon Engagement, de ma Responsabilité : et c’est avec une assurance certaine, pleine et entière, et d’un enthousiasme non feint que je me suis engagée dans le champ missionnaire de l’Éducation Chrétienne en Francophonie, que je m'y suis donnée sans réserve pour la vision. L’appel du Maître avait trouvé une résonance dans ma vie ; je ne pouvais pas ne pas y répondre. J’étais présente. J’ai prêté allégeance (mon intellect inclus), nonobstant toute intimidation qui pourrait s’avérer éminemment dissuasive (j'eus tôt fait de me départir de toutes formes d’inquiétudes liées aux contingences, réfractaire que je suis à toute forme d’assujettissement de ce genre), mais bien déterminée à fixer mes regards sur le but, forte d'une conscience extrêmement lucide quant aux exigences assorties à mon nouvel élan de vie.

Quelque chose me retient d’adhérer au raisonnement qui, en pédagogie, ferait de l’Homme la mesure de toute chose, puisque l’Homme suit sans cesse le flux et le reflux de ce qui l’amorce ou de ce qui a triomphé de lui (c’est selon), et bâtir un édifice pédagogique sur cette conception équivaudrait de mon humble point de vue, à en ériger les fondations sur les sables mouvants d'un auto-satisfecit somme toute assez risqué. En revanche, quelque chose de profondément intrinsèque me propulse lorsqu’il s'agit de reconnaître au Christ la prééminence en toute chose. Car admettre ce postulat et saisir cet angle d’approche va transformer radicalement le rapport à l’enseignement et amener conséquemment à repenser l'acte d’enseigner en profondeur.

Il s’agit désormais d’admettre que l’être (en devenir) à qui l’on passe le témoin de la transmission, est un être portant en lui l’Imago Dei, créé à Son image et à Sa ressemblance. Dès lors, l’unicité de chacun se doit d’être reconnue et célébrée, et restreindre le mode d’enseignement au seul magistro-centrisme, en transmettant de la même manière à tous, exigeant de chacun qu’il se conforme au moule d’une même manière d'apprendre et à la définition de l’intelligence comme au travers d’un prisme unique, pose question voire même ne fait plus sens. La valorisation et le respect de l’unicité marquent les premiers jalons que tout éducateur devrait œuvrer à poser dans les vies de ceux qu’il côtoie, celui de l’acceptation inconditionnelle de soi et de l’autre. (Admettre la différenciation pédagogique en est une résultante directe).


Mais il s’agit concomitamment de ne pas non plus nier la réalité, de ne pas se bercer d’illusion : cette Imago Dei a été inéluctablement altérée en toute personne humaine par le péché. Dès lors, la seule réponse est de se tourner vers Celui qui seul peut opérer en tous une véritable restructuration identitaire, non point par l’exigence envers l’élève d'un comportementalisme aux accents de belles valeurs morales, mais bien plutôt par le témoignage vivant de la possibilité pour tous d'une authentique conversion de cœur, à la base de la formation du caractère et du dépouillement des schémas viciés. Le comprendre au plus tôt permet de poser tous les jalons nécessaires à une vie de restauration bâtie sur le roc et riche de bon sens. Pédagogues Chrétiens, éducateurs du peuple, parents, il en va de la crédibilité de notre enseignement et du fruit rendu par celui-ci, de ne pas édulcorer cet aspect-clé par le compromis d'un subjectivisme relativiste (cette fois, c’est possiblement le pléonasme volontaire que vous me passerez), et d’un syncrétisme si communément admis du post-modernisme. Puisse notre positionnement pour la Vérité Biblique demeurer clair et ferme, demeurons authentiques et cohérents dans le fait d’affirmer sans ambages notre liberté de choix tout en respectant celle d’autrui. C’est le premier pas vers une juste et saine manière de vivre pleinement son propre épanouissement identitaire. Et une compréhension non vacillante de ce que peut être notre identité, c’est une arme à la fois défensive et offensive pour une vie bâtie sur le roc !


Il s’agit désormais pour nous, passeurs de savoirs ô combien engagés, de faire renaître l'espoir, en semant dans le cœur de chaque petit enfant le germe d’espérance afin que, devenu grand, il vive une vie riche de sens. « Car je connais les projets que j’ai formés pour vous, dit l’Éternel, projets de paix et non de malheur, pour vous donner un avenir rempli d’espérance ». Tous les familiers du texte Biblique auront reconnu le livre du prophète Jérémie, et beaucoup en citeront de tête le chapitre (29) et le verset (11). Entrons donc dans notre appel et faisons valoir nos talents, chérissons la Liberté pour laquelle Christ nous a affranchis, pour que nous nous trouvions réellement libres d’entrer dans le repos que procurent les œuvres que Dieu a préparées d’avance afin que nous les pratiquions. Il y aurait encore tellement de choses à dire si je laissais courir ma plume, mais je prendrai pour cet article, le parti d’un format plus « digeste ». En tout état de cause et pour en faire l’expérience de manière quotidienne, toute pédagogie centrée sur la personne et l’œuvre de Jésus-Christ s’avère incontestablement et formidablement vectrice d’acceptation inconditionnelle de soi et de l’autre , ladite acception reposant non plus sur les prouesses, la quête d'accomplissement, l’approbation personnels non moins que l’esprit d’appropriation, mais bien plutôt sur le rachat à grand prix rendu possible en Sa personne et d’où découle, d’où nous tirons notre valeur et respectons celle du prochain.

La pédagogie Christocentrique est propice à une saine construction identitaire selon laquelle l'Être est à la source du Faire et non l’inverse. Il est extrêmement libérateur de ne plus évoluer dans le paraître, sous le diktat des injonctions permanemment contradictoires, dans la prison du regard de l’autre. Il est extrêmement libérateur de ne plus avoir à faire pour être, d'oser s’affranchir de ce miroir aux alouettes dans une société où le vernis des apparences brille bien souvent de mille feux.


Il est extrêmement libérateur que ce que nous faisons puisse découler de ce que nous sommes. Et il est prépondérant que nous éduquions nos enfants à cette liberté. Puisque ce faisant, nous contribuerons à leur épargner bien des écueils.


La pédagogie Christocentrique insuffle en tous lieux l’espérance, de celle qui se rattache à la certitude d’être appelé, d'avoir reçu des talents, d’être équipé de dons, et d’avoir été créé pour un but. De cette espérance qui se rattache à l’ancrage dans la conviction d’être encore perfectible, certes, mais d’avoir été choisi, façonné par le Créateur, et d’être aimé de Lui (quel puissant antidote aux blessures émotionnelles de l’âme et aux blessures d’attachement au nombre desquelles je pourrais citer celles de l'abandon, du rejet, une estime de soi vacillante -puisque non fondée sur l'œuvre rédemptrice de la croix-, donc générant à posteriori des distorsions narcissiques...). Et quelle richesse incommensurable qu’une telle compréhension des choses puisse être plantée dans une vie dès l’enfance (quoiqu’elle puisse également l’être de manière tout aussi poignante au crépuscule d’une vie, puisqu’à l’école de la Vie nous apprenons sans cesse et que, bien que n’ayant pas moi- même encore marché sur ce chemin, il me semble entrevoir que les leçons apprises alors qu'approche l'heure de tirer dignement sa révérence sont des plus poignantes puisqu’elles essaiment hic et nunc les effluves de l’Éternité). L’Écriture ne nous dit-elle pas que la fin d’une chose vaut mieux que son commencement ? L’apprentissage se rapporte donc à tous les âges de la vie ; ayons l’humilité de l'admettre, nous n’avons pas fini d’apprendre ! Puissent nos yeux être décillés, afin que nous voyions ; puisse notre compréhension du sens de notre vie être éclairée de Sa véritable lumière !

Dans cette optique et pour toutes les raisons précédemment évoquées (entre autres), je réaffirme avec force la pertinence d’une transmission pédagogique centrée sur la personne et l'œuvre du plus influent des Maîtres, et défends avec passion les impacts positifs de ce qu'elle induit en matière de conception de la dignité de la Personne Humaine et en matière de sacralité de la Vie, depuis son état embryonnaire jusqu’à son passage dans l’éternité, incluant tous les paliers compris dans l'entre-deux.

Alors, compagnons de cordée, armons-nous de courage ! Le jeu en vaut grandement et assurément la chandelle ! Pédagogues Chrétiens de tous horizons, sur la base de l'unité dans la Vérité, levons- nous et bâtissons ! Et surtout, veillons et employons-nous à garder les yeux bien ouverts sur une juste lecture de notre engagement, malgré les temps difficiles ... Car oui, cher lectorat, il est possible de tutoyer le Bonheur sur le chemin de la Croix !

Mikaëlle LABRY-GOBARDHAM Mars 2021

Auteure pour le blog "éducation et protestantisme"